
Liberté
J’ai besoin de me sentir libre. C’est viscéral. J’aime le fait de prendre mes propres décisions, d’être indépendante, d’avoir mes opinions et d’obéir à mes aspirations. Ma liberté, c’est avoir le visage balayé par mes cheveux au vent. C’est ressentir l’ivresse de l’interdit. C’est prendre de mauvaises décisions sans les regretter. C’est assumer. C’est me dépasser. C’est se taire pour mieux agir. C’est créer. C’est prendre le large et goûter à la nouveauté. Elle est palpitante, bouleversante, insaisissable et désordonnée. Pourtant, je ne pense pas qu’être libre signifie vivre sans attache ou sans contrainte. J’ai simplement besoin de savoir que j’ai la possibilité de choisir, puis d’employer cette liberté à ma façon. Et je travaille chaque jour à faire tomber les cloisons de mon esprit.

Nourrir son âme
La délocalisation physique induite par une escapade semble magiquement opérer sur l’état d’esprit. Pourtant, loin de moi l’idée que prendre vingt fois l’avion permettra d’atteindre la sagesse. Disons que sortir de son quotidien pour se faire bousculer par d’autres vies que la notre offre une ouverture d’esprit incomparable, un savoir que les livres ne peuvent délivrer. Le voyage incarne un espace où l’on peut être dérangé, troublé. Des situations magnifiques car elles induisent le fait de nous questionner sur ce que l’on est. Etre heurté est une émotion stimulante. Sans oublier le brassage social, qui évite de nous couper de la réalité du Monde. Se confronter à autrui génère une certaine compassion, davantage d’humanité, et un vrai travail de pensée.

Vivre
Je n’ai jamais eu un bon rapport avec mon corps. Or j’ai compris qu’à force d’être lobotomisée sur la nécessité de prendre soin de son apparence, on oublierait presque le plus important à savoir VIVRE, et cultiver les choses vraies : les relations, les passions, le plaisir, le partage, la bienveillance, l’apprentissage, la culture, et bien souvent, les silences. Voyager signifie pour moi faire une escale pour soigner mes préoccupations et les remettre à la bonne place. Je ne dis pas qu’il faut impérativement relativiser sur tout. Je mets simplement en évidence qu’il est vital de ne pas éteindre les projecteurs sur ce qui va mal dans le Monde et cesser de s’autocentrer. Chaque départ m’invite à davantage apprécier les retours, et de palper la chance que j’ai d’être française et de vivre dans ce beau pays.

Perdre le contrôle
Il paraît que de le contrôle est illusoire. Pire encore, il serait un mécanisme de défense. J’avoue, j’incarne l’hypervigilance. J’ai besoin de tout anticiper pour éviter les mauvaises surprises. Cela me donne l’impression d’agir au lieu de subir, de construire un rempart à l’intrusion. Ce qui est terrible dans tout ça est que je m’épuise, physiquement comme mentalement. Voyager est peut être le seul moment où j’accepte de vivre l’expérience de l’incertitude. Pourtant, cela aurait de quoi m’affoler : quitter ma zone de confort, l’inattendu, des changements de plans liés à une multitude de facteurs. Avant de partir, j’ai tout de même besoin de ritualiser certaines pratiques : acheter les billets suffisamment tôt, me renseigner sur la destination, établir différents itinéraires sur la période donnée, consulter les sites gouvernementaux, le taux de change, les moyens de transport… Cela peut sembler énorme; bien loin du lâcher-prise. Cependant, une fois sur place, j’essaye vraiment. N’est-ce pas déjà un grand pas, qui tend à une amélioration? Partir signifie changer de rythme, s’adapter et improviser parfois. Comme tout ce qui est nouveau, cela peut sembler pénible au début. Mais l’habitude finit par générer un automatisme puis, in fine, du plaisir.

Voyage et environnement
Je ne crois pas qu’il y ait de bonnes ou de mauvaises façons de voyager. Je prendrais en comparaison mon autre passion : la littérature. Qu’importe que les gens lisent du Musso ou du Bourdin, tant que la lecture entre dans leur vie. Alors pour couper l’herbe sous le pied des enragés : non, je ne suis pas indifférente aux problématiques environnementales et suis consciente des déterminismes. Je suis loin de l’inertie : je recycle, je covoiture, j’achète de la seconde main. Et bien que ce ne soit jamais suffisant, j’estime que pour faire changer les comportements, il serait nécessaire de faire en sorte que les transports plus écologiques soient accessibles et fiables avant de fustiger les voyageurs qui prennent l’avion. Cessons de nous mentir : c’est comme si vous prôniez le véganisme pour protéger l’environnement mais qu’à côté de cela, vous achetiez de la Fast Fashion (la mode étant l’une des industries les plus polluantes). Il s’agit d’être cohérent jusqu’au bout. Il existe aujourd’hui de nombreuses façons de voyager de façon écoresponsable, par exemple en choisissant des moyens de transports tels que le bus ou le car sur place, de se nourrir grâce aux circuits courts, ou encore en optant pour des hébergements écologiques.

Mieux se retrouver
Partir loin produit souvent l’illusion d’une distance entre mes tourments et mon cerveau. Un éloignement nécessaire à mon équilibre. Pourtant, j’essaye de mettre en place un détachement quotidien de ces tracas en les laissant circuler. L’observation comme les silences offrent souvent bien des réponses… Travailler sur soi n’est pas forcément ce qui va faire qu’on va se sentir mieux. Disons que faire le point en étant loin m’aide à me prendre moins au sérieux et à être davantage à l’écoute de ce qui se déclenche en moi. Attention, je ne dis pas que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Non. Il s’agit d’une fable à laquelle on se raccroche. Ce qui ne nous tue pas nous a abîmé, sans pour autant nous rendre meilleur. Les épreuves empêchent nos compétences cognitives de nous aider à réagir. Paradoxalement, j’ai souvent eu besoin de m’éloigner lorsque je vivais une situation morale périlleuse. Est-ce que cela m’a aidé d’être loin géographiquement? Je n’en ai pas la certitude, mais il me semble que oui. C’est dans la solitude que j’ai puisé les ressources nécessaires à sortir la tête de l’eau. Le voyage en soi n’aura pas été une réponse limpide, mais l’éloignement aura réveillé une partie de mon instinct demeuré en berne.